Lewis Trondheim - Désoeuvré

Livres

Lewis Trondheim - Désoeuvré

L’association - 2005 - Par ben, 15 mai 2005.

Je pense donc je dessine / Je dessine donc je pense. :

Quand un dessinateur de BD parle de ce qu’il sait faire de mieux, ça peut donner quelque chose de remarquable.

Lewis Trondheim est de ces dessinateurs qu’on ne présente plus. Des albums par dizaines, des séries fleuves comme les histoires de Lapinot ou encore les Donjons. Perso, j’ai toujours eu un faible pour Mister O, album de l’absurde, mettant en scène un personnage qui passe ses jours à tenter de passer de l’autre côté d’une crevasse. Mais là, je m’égare. Lewis Trondheim, disais-je, est un auteur célèbre, qui a fait beaucoup de choses et qui a collaboré avec un bon nombre d’autres célébrités. On peut dire de lui qu’il a réussi.

Seulement voilà, il n’a plus le truc. Le petit quelque chose qui le motivait semble avoir disparu et il a ressenti le besoin de prendre des vacances, de faire une pause. De cette pause, et surtout des réflexions qui l’ont occupée, est né l’album "Désoeuvré", publié par l’Association, sorti il y a quelques mois. On peut a priori émettre doutes et réserves sur un tel concept. Cette auto mise en scène peut agacer, cette tautologie peut avoir un petit goût de déjà-lu. "Je n’ai plus d’idée alors je parle de moi", "je ne sais plus que faire, alors je me casse pas la tête"... Non. Cet album évite ces travers.

Lewis Trondheim nous livre une part de lui-même et une part du monde de la BD. Et à ce titre, cet album est à recommander à tous les amateurs de bulles. L’auteur transcrit toute la réflexion qui l’a traversé et nous livre cette démarche de la façon la plus fidèle qui soit. On le découvre habité par le doute, mouvementé par l’introspection. Le tout s’effectue dans une ambiance agréable et motivante. Jamais d’excès, jamais de mise en valeur déplacée. Cet album est vraiment sans prétention et "brut de fonderie". Par respect du lecteur ou pas soucis d’humilité, l’auteur emploie systématique l’autodérision pour se protéger de la grosse tête. Ainsi retrouve-t-on constamment des lecteurs, voire des fans, pour le remettre à sa place et lui rappeler sa condition qui n’est finalement pas si délicate. On appréciera le traitement que Trondheim réserve à ces lecteurs. Mais quoiqu’il en soit, ils sont là et ils s’expriment.

Ce ne sont pas les seuls à se manifester. Après une première partie placée sous le signe de l’autobiographie, l’album passe la main à une analyse globale, sorte de thérapie de groupe destinée aux auteurs de BD. On retrouve des noms qu’on a déjà lus, des noms aussi fameux que Gotlib ou Bilal, et on les observe sous un autre jour. On découvre ainsi des auteurs pour qui l’inspiration est un vaste problème, pour qui la motivation en est un tout aussi grand. Bref, on découvre l’envers du décor.

Une fois encore, cela se fait sans manière ni chichi. Finalement il ne suffit pas de prendre son crayon et faire un joli dessin. Il faut des idées, des envies, et surtout des réponses.

Ecrire cet album a peut-être apporté des réponses à Lewis Trondheim, ou peut-être pas. Mais il apportera beaucoup au lecteur, et davantage encore s’il est passionné de BD.