- Fabrice Luchini - L’arrivée à New York

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Fabrice Luchini - L’arrivée à New York

Théâtre de la Gaité - 29 janvier 2006 - Par ben, 2 février 2006.

J’ai embrassé Molly avec tout le courage qui me restait dans la carcasse...

Fabrice Luchini dit L’arrivée à New York, d’après Louis-Ferdinand Céline. Très bien, je le note. C’est peut-être intéressant mais Luchini a parfois tendance à parler beaucoup, à agacer, à énerver même. On l’a vu à la télé : il ne peut pas s’empêcher de faire son intéressant et de dire n’importe quoi. C’est vrai qu’il est marrant des fois, mais bon, je ne sais pas ce que ça vaut son spectacle. Ca doit être un peu long, non ?...

Non, non et non.

Fabrice Luchini dit un extrait du Voyage au bout de la nuit de Céline. Pendant une bonne heure, il ne fait que dire. Il récite, il déclare, il raconte, il déclame, il redit, il répète, il insiste, il souligne, il hausse le ton, il crie, il chuchote, il marmonne, il parle. Et j’en oublie... Ce n’est pas une lecture, ni une récitation. C’est une interprétation, une façon unique d’animer un texte. L’extrait choisi commence par l’arrivé à New York de Ferdinand Bardamu, sa découverte des Etats-Unis et de New York la verticale. Puis le héros part travailler pour Ford à Detroit, il fait alors l’expérience de l’usine et du travail à la chaîne. Enfin il rencontre Molly, une prostituée au grand coeur, rencontrée au hasard d’une maison. L’extrait s’achève sur la séparation annonçant le retour en France.

Pendant plus d’une heure l’acteur dit ce texte avec une intensité remarquable. Pendu à ses lèvres, le public est envouté et le suit, l’accompagne dans son interprétation. Quand le texte le permet, on se laisser aller au rire. Dès que le ton se fait plus sérieux, Luchini sait retrouver l’attention et le calme nécessaire. Le style de Céline se prête à la lecture et la diction certes, mais l’auteur sait mettre la lumière sur le génie de l’auteur. Il sait souligner les phrases les plus belles extraites de ce roman structurant de notre histoire littéraire.

Après une premier tonnerre d’applaudissements l’acteur nous revient, visiblement réjoui et n’ayant qu’une idée en tête : remercier le public, sans qui rien ne se fait. Il apparaît presque timide, comme s’il oser se dévoiler. Et de fil en aiguille se joue la seconde partie du spectacle. Plus d’une heure de rire, de sarcasme, d’autodérision et même de chanson.

Comment décrire cette ébullition intellectuelle ? Luchini pense tout haut, rebondit d’un sujet à un autre, citant quand il le faut les plus grands et jouant habilement le jeu de la promo pour faire référence aux fables de La Fontaine ou à Johnny. On pensait entendre Céline... et on découvre un acteur formidable, on redécouvre des fables, en verlan ou non, et on fait la connaissance de Robert et de sa conjointe, archétype du couple spectateur, déchiré entre une femme fan de l’artiste et un mari lassé par tant de "culturel". On en rit, même si l’on se rend bien compte qu’on pourrait être celui dont les moqueries font l’objet. Et Luchini aussi en rit, maniant avec brio l’autodérision.

Mais alors la lecture d’un texte de Céline n’est pas un spectacle d’intello pour intellos ? L’acteur veut juste offrir et partager son interprétation. Il nous invite à apprécier les plus jolis mots et les plus jolies phrases, sans excès zintellos déplacés, en tout simplicité. La scène, lui, nous, et le livre.

A mon tour de lui dire merci.