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Musique
1980 - 2 Tone / Chrysalis - Par Anonyme, 2 juin 2005.
Ceci n’est pas du ska :
Parfois, le ska, c’est un peu répétitif. Ce qu’il y a de bien avec le deuxième album de The Specials, groupe souvent classé dans le mouvement revival ska de la fin des années 70, c’est qu’il va beaucoup plus loin que ça. Mais qu’est-ce que The Specials ont-ils de si spécial ?
Déjà, pour montrer que le ska n’est qu’une carapace, ils prennent une chanson de 1948, Enjoy Yourself (It’s Later Than You Think), déjà interprétée entre autres par Bing Crosby et Doris Day, et la réarrangent à leur sauce. Elle entame et clôt l’album, mais ce n’est pas la même version. Un peu comme le morceau Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band et sa reprise, pour vous donner une idée. Le reste, sur « More Specials », ce ne sont que des originaux. Et quels originaux.
Si la première chanson rassurait les fans, dès la deuxième, Rat Race, un virage est entamé. Cela reste du ska, dans le sens où les accords sont martelés à contretemps et vite, mais la suite d’accords est plutôt inhabituelle pour le genre, lorgnant du côté de My Back Pages de Bob Dylan. Les paroles, très critiques, sont à rapprocher du Clampdown de The Clash. Elles fustigent ceux qui, encore jeunes, veulent déjà accéder aux plus hautes marches sociales. Dans le même genre de chanson en forme d’injonction directe, Hey Little Rich Girl est très humoristique puisqu’il est question d’une petite fille riche qui porte de la fourrure en discothèque alors que tout le monde est en jeans. The Specials ne semblent pas supporter les complexes de supériorité. Le saxophone de Lee ’Kix’ Thompson de Madness traduit musicalement l’esprit de moquerie qui règne sur la chanson, par ses phrases rock fifties très proches de celles présentes sur le Eddie’s Teddy du Rocky Horror Picture Show,
Man At C&A est complètement menaçante, avec ses cuivres, sa reverb sur la voix et ses bruits d’explosion illustrant l’escalade nucléaire. International Jet Set, simulation d’un vol très select à 25.000 pieds d’altitude, est dans le même ton un peu parano. Pour le coup, on s’éloigne pas mal du ska. Do Nothing commence comme un reggae, mais ses petites notes de piano lui donnent un côté particulier, dissonant, presque inquiétant. Pearl’s Cafe, avec son orgue, ses percussions mélodieuses et son air sautillant, s’engage sur le terrain de la pop, avec toujours ce commentaire social comme base des paroles.
The Specials sont également spéciaux parce qu’ils introdusent des éléments de musique mariachi dans le ska. Il existe des rencontres moins étonnantes. Sur Stereotypes/Stereotypes Pt. 2, les trompettes résonnent, mélangées à d’autres éléments, comme des choeurs et des sortes de mandolines à la In The Death Car sur la B.O. d’« Arizona Dream », qui en semble inspirée, ainsi que sur Holiday Fortnight, instrumental qui sonne joyeusement mexicain. Bref, un joyeux mix, qui à l’époque a dérouté plus d’un fan.
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