Beck - Mutations

Musique

Beck - Mutations

1998 - Geffen - Par Anonyme, 6 juin 2004.

Le gène de la folie :

Beck Hansen est de ces rares artistes qui peuvent changer de style à chaque nouvelle oeuvre. En le replaçant dans la discographie du blond de Los Angeles, Mutations se situe entre le collage Odelay et le funky Midnite Vultures. Et non content de varier le genre musical de ses différents albums, les ambiances se meuvent à l’intérieur même du disque.

Lazy Flies et We Live Again sont des morceaux tourbillonnants de pop psychédélique, Canceled Check et Bottle Of Blues sont en effet assez bluesy, O Maria rappelle l’atmosphère fantômatique de Ballad Of A Thin Man de Bob Dylan, Nobody’s Fault But My Own a un côté oriental donné par des sitars et autres instruments à cordes, Tropicalia est toute en bossa nova, Dead Melodies sonne comme une vieille chanson baroque, pour ne citer qu’elles.

Beck maîtrise cette diversité de genres, car il parvient à conserver une cohérence, chanson après chanson. Autrement dit, Mutations est un tour de force, même si ce n’est pas souvent à lui que l’on se réfère lorsque l’on évoque son auteur.

Et cette cohérence, cette unité, en plus de la voix chaude et parfois lascive du musicien, au delà du son très rond, voire artisanal, proche de l’auditeur, c’est la folie de Beck qui la crée. On le dirait incapable d’écrire une chanson normale, où couplets et refrains se suivent sans protester. Et le disque fait la part belle au songwriting. Les paroles, complètement surréalistes, se fondent dans des mélodies aux courbes réussies. Sans parler des arrangements, domaine où Beck excelle.

Bien que l’album s’ouvre sur des sons bizarres, il essaie de nous rassurer avec trois premières chansons de facture assez classique, quoique ça reste du Beck, puis s’autorise un nombre impressionnant de facéties. A la fin de Canceled Check, on assiste à l’assassinat d’un piano, et un passage électronique coupe Tropicalia tout en restant dans le ton. Diamond Bollocks commence par un gimmick de clavecin, puis des choeurs entrent en scène, interrompus net par un hélicoptère, puis ce qui s’avère être le solo énervé d’une chanson aux multiples facettes est tranché par quelques secondes de gazouillements d’oiseaux, pour revenir à un thème baroque au clavecin, bref on perd la tête.

Et même si à la première écoute, d’une oreille distante, on peut trouver ce disque assez conventionnel (harmonica, piano, guitare), on découvre lors des suivantes des couches de sons en tout genre que l’on n’avait pas soupçonnés.

Tout au long de l’album, on a l’impression que Beck nous emmène dans un incroyable voyage. Un voyage cahoteux, où il faut vraiment s’accrocher. Une croisière entre le passé et le futur, un vol supersonique et surnaturel. En réalité, on ne fait que rester à l’intérieur de son cerveau mutant...