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The Zombies - Odessey & Oracle

Musique

The Zombies - Odessey & Oracle

1968 - Rhino - Par Anonyme, 19 novembre 2004.

L’odyssée des morts vivants :

En apparence, The Zombies ne sont pas un groupe très sexy : un nom un peu repoussant, un physique à la Buddy Holly, une formation de musiciens classiques. Au début de leur courte carrière, ils obtiennent deux succès, She’s Not There en 1964 et Tell Her No l’année suivante. Ils se séparent en 1967, avant même que leur dernier album, « Odessey & Oracle », ne soit publié.

L’histoire d’« Odessey & Oracle », trésor pop enfin déterré, remasterisé et enrichi de bonus dans son édition anniversaire, regorge d’anectodes révélatrices de l’époque, et significatives de l’esprit du groupe. L’artiste responsable de la couverture très psychédélique avait commis une erreur dans l’écriture du mot "Odyssey". Alors, dans des interviews, le groupe annonçait que certaines des chansons avaient été conçues à la manière d’odes, telles celles de William Shakespeare, d’où l’orthographe particulière. De plus, le disque a été enregistré dans les studios d’Abbey Road alors que le groupe ne faisait même pas partie de l’écurie EMI, ainsi qu’autoproduit par la formation elle-même. Enfin, à la différence de nombreux groupes à succès des années 60, tels The Animals ou Manfred Mann, The Zombies écrivaient eux-mêmes leurs chansons.

Et les directions prises par le songwriting sont surprenantes. Certains morceaux sont des mini-suites, comme Time Of The Season, qui débute sur un motif de basse funky et passe progressivement sur un terrain pop, qui débouche lui-même sur un solo d’orgue très jazzy. Sur cet album et ailleurs, les Zombies explorent des chemins assez tortueux, des suites d’accords inattendues. En cela, et pour les harmonies vocales présentes notamment sur Care Of Cell 44, « Odessey & Oracle » évoque « Pet Sounds » et « Smile » (achevé récemment par Brian Wilson), autres albums mythiques de cette période. On pense aussi aux Beatles, du côté de « Rubber Soul » et « Revolver », pour le côté un peu soul et bluesy, mais aussi pour le classicisme. Par exemple, Maybe After He’s Gone et This Will Be Our Year évoquent You Won’t See Me, par leur martèlement d’accords de piano, et A Rose For Emily, qui reprend le titre d’une oeuvre de William Faulkner, se rapproche de For No One, entre autres par son côté très anglais.

La musique est très fortement associée à la mémoire. Et quand on écoute « Odessey & Oracle », on ressent une double nostalgie. D’abord, celle des années soixante, la même qu’on peut ressentir lorsqu’on entend Like A Rolling Stone ou Let’s Go To San Francisco. Ensuite, par la thématique des chansons, car les Zombies semblent être eux-mêmes des personnes nostalgiques, de la même façon que peut l’être Ray Davies. On se sent plongé encore plus profondément en arrière, dans un monde dont on se demande s’il a vraiment existé. Une époque où l’amour était encore là, un temps où les jours étaient dorés et les routes étaient vertes. C’est un des thèmes développés par les paroles : la poignante Beechwood Park (reprise par Beck en concert), avec son orgue quasi morbide et sa mélodie pure, et Brief Candles, qui lui succède, décrivent la perte du sentiment amoureux. Se suivent également I Want Her She Wants Me et This Will Be Our Year, où le narrateur se situe cette fois dans un état de plénitude sentimentale, confiant face à l’avenir. Dernier thème récurrent, l’évolution d’un personnage féminin au cours de l’année, présent non seulement dans Time Of The Season mais aussi dans Changes, qui évoque également une femme prise dans la ronde des saisons.

Les arrangements, faits de clavecins, de pianos, d’une basse mélodique, de quelques touches de cordes, ne sont jamais grandiloquents, et ajoutent une touche de psychédélisme. Ils sont particulièrement réussis dans Hung Up On A Dream, où la guitare électrique carillonnante se mêle aux discrets instruments classiques, puis aux choeurs aigus en contrechant faisant écho au chanteur Colin Blunstone. Sa voix très douce participe à l’atmosphère brumeuse du disque. Souvent mixée sur le côté le temps du couplet, elle se fond dans le paysage musical.

The Zombies ont le don d’écrire des chansons à la fois très compliquées et très directement accrocheuses (Friends Of Mine). Les ambiances jazz-pop gentiment luxuriantes du disque semblent avoir inspiré des groupes comme Belle & Sebastian, dans leurs récentes évolutions sur « Dear Catastrophe Waitress » ou son prédécesseur.

Forum de la Chronique de "The Zombies - Odessey & Oracle"

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