Frank Miller & Robert Rodriguez - Sin City

Cinéma

Frank Miller & Robert Rodriguez - Sin City

2005 - Miramax - Par ben, 18 mai 2005.

You’re gonna love this, baby. :

Adapter au cinéma un comics américain hyperviolent et en noir & blanc ne doit pas être une partie de plaisir. Pour ceux qui connaissent, je pense qu’il n’est pas évident de s’imaginer une telle adaptation. L’atmosphère de ces bandes dessinées est tellement particulière et "graphique" que l’on pouvait s’attendre au pire comme au meilleur.

Grand fan de la série de Frank Miller, je m’étais précipité sur les trailers et autres bandes-annonces qui m’avaient mis l’eau à la bouche. Le temps de finir les sept volumes et de traverser l’Altantique, j’étais fin prêt pour le voir.

Pour recadrer un peu, il faut savoir que ce film ne porte que sur trois des sept épisodes de la série : le premier, éponyme, le troisième Le Grand Carnage (That Big Fat Kill) et le quatrième, Cet enfant de salaud (That Yellow Bastard). Je ne sais pas si ce choix est à discuter. Mais je pense que vu la richesse de la série, un tel choix s’imposait pour réaliser un film compréhensible à la durée raisonnable.

Compréhensible. Je l’ai trouvé compréhensible mais je me demande encore ce qu’en penserait un non-initié. Il m’est difficile de ne m’intéresser strictement qu’au film et de ne pas livrer un sentiment plus qu’une critique de cinéma. Comme on est pas là pour se faire engueuler, je choisis de me faire plaisir et je vous livre un avis tout frais, tout chaud, qui revient de l’enfer, ou plus exactement d’une ville où il ne fait pas bon circuler tout seul le soir.

"Walk down the right back alley in Sin City and you can find anything."

Sin City, c’est un univers remarquable, qui mériterait des pages entières. Un univers dont on ne sait pas grand chose au final. Quand ? Où ? Quoi ? Tout se passe à Sin City, on en connaît certains quartiers et certains alentours. Mais rien de plus au final, quelques adresses à connaître et des coins à ne pas fréquenter.

A l’écran, ça donne une atmosphère remarquable, extrêmement proche de la BD. On devine, on aperçoit plus qu’on ne situe ou qu’on ne s’y retrouve. Des bâtiments, le coin d’une rue, l’entrée d’un bar. Sin City n’est qu’une suite de lieux, d’endroits où il s’est passé quelque chose.

Dans le film, c’est pareil. On retrouve une suite de scènes, qui constituent en fait trois histoires, qui se mélangent un peu mais pas trop. On retrouve des lieux et des ambiances, on croise des têtes. Plus que ça, on voit des sacrées gueules.

"Deadly little Miho"

Marv, Hartigan, Dwight : trois personnages principaux à la gueule de travers et aux manières un peu brutales. Trois types qu’il ne vaut mieux pas énerver mais qui au final ne feraient pas de mal à une mouche si personne ne les avait cherchés. Trois mecs qui vont au bout de leurs idées et qui font ce qu’ils ont envie de faire.

Autour d’eux, des flics pas toujours corrects, des truands, des petites frappes qui s’expriment le mieux du monde. Des filles, des putes sans merci aussi fatales qu’attirantes. Et des puissants à la progéniture inhumaine.

"There is no justice without sin."

Ils ne sont pas reluisants ces puissants. Et encore moins leur gosse. On atteint les bas fonds de l’âme humaine. Imaginez le pire, ils sont capables d’en faire bien plus. Alors aux grands maux les grands remèdes. On distribue les pains, on casse des dents, on refait des portraits, on tire des coups de gros calibre, on sort les sabres et n’importe quoi, du moment que ça fait mal. Très mal.

Les initiés le savent, les autres en auront la surprise lors de deux ou trois scènes remarquables. Sin City porte bien son nom. La violence est un art de vivre et on rencontre quelques uns de ses plus beaux spécialistes.

Du sang, des armes, des gros costauds et des putes. Voilà qui laisse imaginer le pire des scenarii. Il ne manque plus qu’un gros cylindre et le tour est joué. Et bien oui, on en a aussi des grosses bagnoles à Sin City. Mais l’atmosphère est telle que plus aucune comparaison déplacée ne vient à l’esprit.

On est dans cette ville. On sait très bien que si on ne tire pas le premier on se fera avoir. Alors on fonce. Animer cette ambiance ne s’annonçait pas facile et on peut dire que Frank Miller a fait du bon boulot. C’est vrai que Robert Rodriguez s’était déjà amusé avec Desperado et avant El Mariachi. Et puis c’est tout aussi vrai que se faire aider de Quentin Tarantino, c’est plus qu’appréciable pour mettre en scène des combats. Mais il faut reconnaître la qualité de cette adaptation. Le film en lui-même peut sans doute prêter à débat, mais ça, c’est une autre histoire...