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The Kinks  - Something Else

Musique

The Kinks - Something Else

1967 - Castle - Par Anonyme, 28 janvier 2004.

Davies in Wonderland :

Dans le courant de la British Invasion, les Kinks ont toujours été un peu à part. Leur tête pensante et créatrice Ray Davies, sous des apparences pop, dissimule souvent un regard social grinçant et satirique. Ainsi, en 1967, à l’heure où les Beatles inondent le monde de guirlandes de fleurs et où Love échafaude des solos de trompettes baroques dans son Forever Changes, les Kinks sortent Something Else. Titre anodin, mais c’est effectivement autre chose, comparé aux autres albums majeurs de cette année magique.

L’album laisse l’impression d’un psychédelisme désuet, comme si les quatre Kinks s’étaient promenés dans l’Angleterre victorienne et avaient ramené des vignettes d’époque. Pour camoufler ce côté obsolète, l’album démarre par un morceau pop bien rythmé à l’air entêtant, David Watts, complainte d’un écolier terne qui aimerait ressembler à un autre garçon qui a tout pour lui : l’argent, les filles... Mais les Kinks n’ont rien à envier à personne. La chanson suivante, coécrite par les frères Dave et Ray Davies, met en scène la mort d’un clown un peu à la manière du Bob Dylan de Bringing It All Back Home. Le maquillage, le whisky et le dresseur de lions sautillent dans leur danse macabre.

Pour moi, l’écoute de cette album se vit comme un cheminement à travers treize mondes imaginaires, et il me semble impossible de parler de ce disque sans le décomposer en ses entités constitutives : les chansons ! Ici, pas de concept, pas de plages de 20 minutes. La force de Ray Davies est de savoir créer des morceaux concis mais qui font mouche. Chaque composition, formant son propre univers, apporte quelque chose (d’autre) à la mosaïque.

Two Sisters est pleine d’une grâce délicieusement baroque, mais toute en retenue. L’histoire de deux soeurs dont l’une est très envieuse de l’autre, comme un écho féminin de la jalousie de David Watts. S’il fallait en retenir une, ce serait celle-ci, surtout en raison du clavecin. Puis, le disque change de cap : une bossa nova à l’anglaise dans No Return, et une chanson de marins sur des substances assez illicites (Harry Rag). On ne sait plus où donner de la tête, et heureusement le rythme martelé de Tin Soldier Man et sa fanfare nous maintiennent en place : He’s a tin soldier man, living in a little tin wonderland.

Situation Vacant, mini-mosaïque en elle-même avec son intro printanière au piano suivie d’un chant plus bluesy, s’enchaîne avec Love Me Till The Sun Shines, oeuvre du petit frère Dave. Lazy Old Sun, une de mes préférées de l’album, est complètement hors du temps. Nostalgique, endormie, et musicalement assez expérimentale (on dirait que Ray Davies chante faux, on entend des bruits graves assez bizarres), elle finit par des traits de trompettes, comme si les rayons de soleil daignaient enfin se montrer, amadoués par l’hymne que les Kinks leur ont concocté.

Arrive l’heure du thé, et une chanson très classique, voire conservatrice, mais encore une fois caractéristique du côté très british des Kinks et de leur critique sociale. Après la sympathique Funny Face, les rideaux du music-hall s’ouvrent pour End Of The Season et se referment avec Waterloo Sunset, qui fit un carton à l’époque. En traversant tous ces mini-mondes, on a l’impression d’avoir été à Ray Davies ce qu’Alice fut à Lewis Carroll...

La réédition remastérisée propose plusieurs bonus tracks regroupant les singles et faces B de l’époque, et notamment Wonderboy, dont Oasis a complètement repompé le pont pour son She’s Electric. Comme quoi, il n’y a pas que les Beatles.

Forum de la Chronique de "The Kinks - Something Else"

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