- Strip-Tease vol. 1.2.3

Cinéma

Strip-Tease vol. 1.2.3

2004 - mk2 éditions - Par Anonyme, 2 mai 2005.

Télé réalité :

Créée en 1985 par Marco Lamensch et Jean Libon pour la Radio Télévision Belge Francophone (RTBF), la série de courts documentaires Strip-Tease a été diffusée une fois par mois en prime time en Belgique jusqu’en 2002. Egalement réalisé en France depuis 1992, le magazine y est diffusé sur France 3 et est devenu culte. La sortie en DVD des trois premiers volumes permet de se (re)plonger dans cet univers si particulier.

Strip-Tease, c’est l’intrusion d’une caméra dans tous les milieux, des plus riches aux plus aisés, des plus ordinaires aux plus déjantés. C’est un documentaire dont les seuls aspects subjectifs sont le choix du sujet et le montage. C’est déjà beaucoup, mais ce qui le distingue des autres émissions similaires, c’est l’absence de voix off. Les réalisateurs fournissent le reportage, mais s’abstiennent de commenter quoi que ce soit. En cela, Strip-Tease se rapproche du cinéma. Pourtant, tout ce qui est filmé est pris dans la réalité, et il laisse à la presse écrite ou à la radio les analyses, ce qui le rapproche ainsi de la télévision, cantonnée ici à son rôle de "montreuse".

Par cette nature un peu hybride, on ressent parfois un malaise. On ne sait plus sur quel pied danser. Peut-être aussi parce qu’à chaque reportage, on s’introduit dans l’intimité d’un personnage, d’une communauté. Pour parvenir à un tel degré de proximité, les différents réalisateurs aidaient par exemple les enfants des familles filmées à faire leurs devoirs, ou la mère à éplucher les carottes. Et la caméra parvient à se faire oublier. A tel point que le spectateur aussi l’oublie, et que lorsque l’image se fige à la fin de chaque reportage, on se sent tout bizarre, presque déçu, un peu comme à la sortie d’un rêve, à la fois triste et étonné de quitter une réalité qui n’est pas vraiment la sienne.

Mais heureusement, il y a l’humour. Et à ce propos, Strip-Tease n’a rien à envier aux Deschiens ou aux carnets de Monsieur Manatane, séries décapantes s’il en est. Aux Deschiens, pour l’observation des gens simples, modestes, et peut-être un peu pour l’accent belge de Yolande Moreau. A Monsieur Manatane, pour la mise en scène de gens les plus extrêmes (un néo-nazi, deux légionnaires avides de médailles, une poignée de fans idolâtres de Claude François) et encore une fois le délicieux accent belge. Et la séquence de « C’est arrivé près de chez vous » ou Benoît Poelvoorde rend visite à ses parents semble directement tirée du magazine.

L’humour, donc, qui surgit souvent du décalage. Les manies des bourgeois feront rire un public populaire, les mots des roturiers amuseront les nantis. En effet, comme le proclame la jaquette, "Strip-Tease a l’ambition d’être un magazine documentaire qui puisse intéresser les analphabètes et les professeurs d’université, séduire les jeunes comme leurs grands-parents, concerner la province autant que Paris (...)". Ainsi rit-on souvent, et souvent aussi, on est assez ébahi. On se pose les questions : "Des gens comme ça existent vraiment ?", "Mais comment en sont-ils arrivés là ?" et parfois on se dit "Ça me rappelle quelque chose (ou quelqu’un)". Car aussi étranges que les séquences puissent paraître, et comme le dit si bien le mot d’ordre de l’émission, Strip-Tease VOUS déshabille.