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A propos de The Commercial Album

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The Residents - The Commercial Album

Musique

The Residents - The Commercial Album

1980 - Ralph Records - Par eric, 12 juillet 2004.

Des yeux qui font écarquiller bien grand les oreilles. Depuis près de trente ans quatre cavaliers fous, trublions musicaux, font la révolution dans leur coin, rien que pour eux.

Peu de groupes ont su s’entourer de légendes aussi riches et farfelues que les Residents. Et tout ce qui est raconté à leur sujet est potentiellement faux, à prendre donc avec des pincettes. Ainsi commence la légende : leur nom viendrait de ce qu’ayant envoyé une démo à la Warner sans préciser de nom d’expéditeur, le colis leur soit revenu avec la mention « à l’attention des résidents du 20 Sycamore St, San Francisco »

Pionniers dans la manipulation de l’image de groupe ils ont tout de suite pris le parti d’effacer totalement leur apparence humaine, pour ne mettre en avant que leur musique. Pas de noms, pas de visages, pas d’interviews. Il y a juste quatre figures cachées derrière des masques. Demi échec puisque le masque, un énorme oeil à la place de la tête, est vite devenu objet de culte, et signature indispensable du groupe.

Des Residents, il faut savoir apprécier l’oeuvre comme un gigantesque délire. Mais un délire tout ce qu’il y a de plus serieux. On doit y trouver la même application géniale, le même humour que dans Zappa, Devo, Negativland, Tuxedomoon, et autres folleries. Et un délire qui se justifie par tout plein de théories aussi obscures que farfelues, et pourtant terriblement valables, sur la création artistique. Comme par exemple le besoin de totalement faire abstraction de leur (improbable) public lors de la phase de composition, quitte à ne pas du tout sortir l’album en question une fois qu’il est fini. Et laisser la maison de disques totalement paniquer à l’idée de se retrouver sans rien, et devoir sortir en catastrophe un album d’un fond de placard. Ou alors partir des sons avec lesquels on va travailler pour bâtir la musique plutôt que de faire l’inverse.

Fondamentalement un groupe à concepts, chaque album en est un peu plus la preuve. Réinterpréter l’oeuvre du King, en y ajoutant une dimension glauque, et oppressante : The King and Eye. Tirer de l’Ancien Testament les histoires les plus croustillantes et morbides pour les mettre en musique : Wormwood, Curious Stories from the Bible. S’imaginer le monde traditionel eskimo et ses boulversements face à la culture occidentale : Eskimo. Et pourquoi pas aussi s’insurger contre l’industrie du disque, déjà en 1976, pour en dénoncer les dérives des impératifs commerciaux : The Third Reich’N Roll.

Et puis en 1980, encore un nouveau concept. The Commercial Album part d’un constat simple : en virant tout le superflu d’une chanson pop à la mode on arrive à un morceau d’une durée d’une minute... Ce qui est aussi la durée moyenne des jingles publicitaires. Voila donc quarante véritables morceaux ne dépassant pas la minute. Quarante minutes de jingles fous.

Exemple de leur irrévérence totale, lors de la sortie de l’album ils ont même acheté quarante créneaux publicitaires d’une minute sur une radio de San Francisco qui ont servi à jouer bout à bout la totalité de leur album.

Blues and Haïkus

Surprenant exercice que d’écouter cet album, les morceaux s’enchaînent, ne se ressemblent pas, et ne s’oublient pas si vite. Ils ont la faculté de trotter longtemps en tête. Une minute suffit pour lancer la machine, l’imaginaire fait le reste.

Album ludique avec lequel il y a plusieurs façons de jouer : rejouer trois ou quatre fois le même morceau pour en faire un morceau de pop (tm), ou prendre les paroles d’un morceau pour les mettre sur un autre.

C’est ainsi une sorte de petite boutique des horreurs musicales, une brocante avec des petits bijoux audio qui traînent un peu partout à côté des boules de neige souvenir, des coffrets en coquillages et des bébés à trois têtes dans le formol, d’une vieille malle poussièreuse, d’un vieux disque du King et d’un costume de Monsieur Loyal. Tout un monde surréaliste des petits contes furtifs.

Et s’il y a bien une idée qu’on retrouve de façon récurrente chez les Residents c’est cette fascination qu’ils ont pour les monstres. Après tout, ils en sont eux même, de façon plus ou moins volontaire. Les exemples les plus parlants sont sans doute leur album cdrom The Freak Show, visite guidé dans une foire aux monstres, et God in Three Persons, opéra qui suit le parcours de deux siamois divins.

Mais leur musique reste toujours empreinte d’une certaine tristesse. Et malgré tous leurs efforts pour faire les zouaves on sent en eux une certaine lucidité amère. Chansons d’amour, chansons de solitude. Des brefs états d’esprit décrits en quelques mots juste assez pour faire un vers et un refrain. Toujours la même tendresse, le même romantisme :

Hour by hour
Day by day
Love leaks out
And goes away

ou encore :

We are simple
You are simple
Life is simple, too

Presque des haïkus...

Il faut se précipiter pour doucement écouter cet album, et goûter au sirop doux amer d’un des groupes assurément les plus loufoques, et se laisser charmer par la terriblement touchante mélancolie de ces yeux.

Indispensable encyclopédie du groupe : RzWeb

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