Cité de la Musique - Tropicalia - du 17 mars au 26 juin 2005

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Cité de la Musique - Tropicalia - du 17 mars au 26 juin 2005

1968 - Par Anonyme, 27 mars 2005.

Joyeux tropiques :

A l’occasion de l’année du Brésil en France et de l’exposition "MPB - Musique populaire brésilienne" à la Cité de la musique, retour sur l’aspect musical d’un mouvement culturel tout aussi réjouissant que passionnant.

En 1964, le Brésil est dans un état de chaos financier. Une poignée de généraux fomente alors un coup d’état et prend le contrôle du pays, exerçant violence et censure sur la population. Issu de la rebellion contre le régime militaire, le tropicalisme s’est manifesté par la musique, mais a également embras(s)é littérature, peinture, cinéma, théâtre, poésie et arts plastiques.

Il trouve ses racines dans le mouvement Semana de Arte, qui s’était développé au Brésil en 1922. Ce dernier reposait notamment sur l’assimilation d’influences étrangères, et a donné naissance au terme de "cannibalisme culturel". Contre une certaine mollesse de la bossa nova, Tropicalia a intégré des éléments étrangers comme la soul, la pop, et le rock anglo-saxons. Caetano Veloso, Gilberto Gil et Os Mutantes en furent trois des artisans principaux, parvenant à inventer un style à bases d’harmonie audacieuses et de mélodies lumineuses.

En 1968, au troisième festival international de chanson à São Paulo, Caetano Veloso apparaît sur scène vêtu d’habits de plastique, et joue É Proibido proibir, inspiré des slogans parisiens de mai 1968. C’en est trop pour le public, qui le hue très bruyamment. Son premier album, dont il voulait qu’il surpasse « Sgt. Pepper », est en effet très impressionnant. Mélange de pop anglo-américaine et d’éléments très brésiliens, il donne le ton du mouvement tropicaliste.

Gilberto Gil, dont Caetano Veloso a dit qu’il était celui qui avait de l’avance sur tout le monde, semble avoir eu un rôle déterminant dans la naissance du tropicalisme. Son premier album est une merveille au même titre que celui de son confrère, peut-être encore plus folle, et plus rock. Le riff de Procissão semble tiré tout droit de « Rubber Soul », Ele Falava Nisso Todo Dia comporte des arrangements à la Eleanor Rigby, mais ce qui fait la spécificité du son tropicaliste, c’est la langue portugaise, et son accent brésilien incomparablement doux.

Os Mutantes, groupe mixte dont le premier album date également de 1968, paraissent aussi complètement fous, mélangeant toutes sortes de sons dans un joyeux bric à brac psychédélique toutes trompettes dehors, qui reste très accessible et très agréable à l’oreille. L’influence du groupe, même s’il reste méconnu du grand public, est considérable sur certains artistes de la scène actuelle, notamment Beck. Celui-ci leur a rendu hommage sur son album Mutations, par son titre, par la chanson Tropicalia et l’utilisation de collages musicaux.

Pour ceux qui seraient perdus dans cette profusion créatrice, il se trouve que tous ces artistes, et d’autres (Tom Zé, dont le premier album vaut également le détour, Nara Leao et Gal Costa) ont enregistré un album collectif en forme de manifeste, « Tropicalia : Ou Panis Et Circencis », où tout le monde joue ensemble et reprend les chansons des autres. C’est un bon début pour qui veut découvrir le son de cette époque agitée.

Résultat de cette agitation, en décembre 1968, le gouvernement brésilien réduit encore plus drastiquement les droits de l’homme, la liberté, et multiplie les emprisonnements. Gil et Veloso sont arrêtés à la fin de l’année 1968, mis sous les verrous, puis "invités" à quitter le pays. Ils trouvent refuge à Londres, mais c’est la fin du mouvement Tropicalia.

Heureusement, son influence se fera sentir les années suivantes, et bien après. Le deuxième album d’Os Mutantes, sorti en 1969, est un bijou mélodique de pop tropicale. Les opus postérieurs de Caetano Veloso sentent franchement la déprime, puisqu’il a conçu le deuxième alors qu’il était derrière les barreaux, et le troisième a été enregistré en exil, d’où il annonce qu’il se sent encore plus mal qu’en prison dans son pays. Le Brésil a été libéré de la dictature militaire depuis, et ce qui est formidable, rétrospectivement, c’est de se rendre compte qu’en musique et ailleurs, la créativité et la folie surgissent partout sur la surface du globe.

Exposition "MPB - Musique populaire brésilienne", du 17 mars au 26 juin 2005 à la Cité de la musique, Paris.