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Livres
Alan Moore, David Lloyd - V pour Vendetta
1988 - Edition Delcourt - Par yod, 27 octobre 2004.
Drapeau noir sur Albion :
Elle a eu lieu, la Troisième. Exit du globe l’Afrique et l’Europe : l’Angleterre est plus que jamais une île coupée des restes du monde. Bien entendu, de nouvelles formes de gouvernement se sont mises en place suite à cette catastrophe, et la verte Albion est tombée dans la paume d’acier d’une bande de nostalgiques de 1984. L’appareil étatique, prenant la forme symbolique d’une tête humaine, est omnipotent :
- l’Oreille écoute aussi bien les murmures de la rue que l’intimité des foyers ;
- l’Oeil voit tout, surveille tout, depuis les bureaux jusqu’aux chambres à coucher ;
- le Nez enquête, arrête, torture, fait disparaître ;
- la Bouche diffuse la propagande, La Voix du Destin, par l’intermédiaire de la radio ;
- la Tête enfin, contrôle l’ensemble de cet arsenal totalitaire ;
Mais au sein de cette société mise en coupe réglée, un élément semble échapper à tout contrôle : V. V ? Un individu ? Sans doute. En tout cas, un costume et un masque de théâtre au sourire trop large et trop figé pour assurer, porteur d’un vent d’espoir et d’une idée explosive : anarchie.
Ce scénario signé Alan Moore (From Hell) revêt des allures trompeuses de 1984. Certes, l’Angleterre de V pour Vendetta est directement inspirée d’Orwell. Mais là où, dans le roman, tout n’est que caméra, écran, béton, Moore nous rappelle que, derrière ce triste décor, il y a des hommes, toujours des hommes : de simples mortels, faits de chair et de sang, nourris d’ambition, de sentiments, de faiblesses et de peurs. On n’abat pas une société ou une idéologie ; en revanche, on peut faire tomber ses hommes. L’espoir réside en quelque sorte dans la faiblesse de l’homme, dans son inconstance, dans sa faculté de s’écrouler pour mieux se reconstruire.
La maître Moore raconte avec brio cette sombre histoire. Noir et grinçant comme une nouvelle de Poe, Moore a également su parer ce récit d’une poésie toute shakespearienne. Le récit alterne de façon équilibrée les scènes d’action, de flash-back ou de réflexion. La complexité des personnages, ainsi que la réflexion politique qui est développée donne à l’histoire une profondeur qui manque trop souvent en bande dessinée. Le dessin est signé David Lloyd, et s’inspire du style des premiers comics. La couleur utilisée est pâle, presque insipide, par opposition au noir dominant, comme si ce récit ne devait être éclairé que de quelques lampadaires : 3 niveaux de gris pour le décor en général, rarement plus de trois couleurs pour mettre en valeur les personnages. Le point de vue du dessin emprunte à la dynamique cinématographique, permettant de valoriser les scènes d’action.
Costumes, faux-semblants, coups d’éclat : à n’en pas douter, V pour Vendetta est un chef d’oeuvre, et dépasse ainsi son statut de "simple" comics. C’est une oeuvre maîtresse dans l’histoire de la bande dessinée, revendiquée comme exemple par de nombreux auteurs contemporains, Van Hamme le premier.
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